Jusqu’au 31 décembre 2025, la Maison des Consuls aux Matelles accueille l’exposition « Construire », signée Sylvain Corentin et Charles Malherbe. Deux univers, deux approches du volume, réunis autour d’une même question : que signifie bâtir ?
Retrouvez ci-dessous les entretiens exclusifs avec les deux artistes.
Sylvain Corentin
Sylvain Corentin nous a ouvert les portes de son atelier, où nous découvrons ces sculptures blanches et volumineuses, qui éveillent en nous des souvenirs d’enfance et invitent au rêve.
Charles Malherbe
Charles Malherbe s’est quant à lui prêté au jeu de l’interview au musée. Artiste sculpteur, Charles Malherbe explore depuis plus de trente ans la matière, la structure et les volumes avec une fascination intacte.
D’où vous vient cette envie de sculpter ?
Charles Malherbe : Je crois que cette envie a toujours été là. Depuis ma tendre enfance, je crée. Peut-être parce qu’il y a eu une sorte de reconnaissance du monde adulte dans ma jeunesse parce que je dessinais plutôt bien. C’était flatteur d’être reconnu par les adultes pour cette facilité que j’avais. Ça m’a encouragé, alors j’ai continué. C’est probablement cette part d’enfance que je continue à faire parler et à laquelle je m’accroche à travers la création. Et maintenant, c’est marrant parce que j’ai l’impression qu’en plus de la reconnaissance du monde des adultes, j’ai aussi la reconnaissance du monde des enfants, cinquante ans après. Pourquoi ? Il me semble que ceux-ci se créent des univers. Or, j’aime imaginer mes sculptures comme un support, une proposition à ces histoires qu’ils se racontent.
Comment se passe votre processus de création ?
CM : On parlait de rêver. Et bien, cela m’arrive souvent d’avoir une réflexion soit au réveil, soit à l’endormissement. À partir de celle-ci, j’ai une image mentale qui va se construire. Je fais peu de croquis, plutôt des listes de cette idée, qui va se préciser de plus en plus : une pensée de couleur, de passage, de façon de faire… Et puis, à un moment, quand c’est suffisamment clair, je passe à la réalisation : avec toujours, depuis 30 ans, la même fascination face à ce processus-là. Cette image mentale qui, au bout de quelques mois, devient un objet autour duquel on peut circuler. Que ce soit ma création ou non, devant l’œuvre, je suis spectateur. C’est quelque chose de magique, bien que je ne me considère pas du tout comme un magicien.
Quelles sont les thématiques que vous abordez à travers vos œuvres ?
CM : Aujourd’hui, la thématique sur laquelle je me penche, c’est une sensibilisation à mon époque. Je suis, comme tous les artistes, un vecteur de cette dernière. Je suis pour ma part, sensible au dérèglement climatique et à l’appauvrissement des ressources… Et à cette époque qui est en perpétuelle déconstruction et reconstruction, avec les ruines de ce qui s’est déconstruit. Et cela se matérialise chez moi, d’une part, par des univers oniriques un peu futuriste, en imaginant des architectures patchwork. D’autre part, par le volume, la structure, la matière, que je tords. Je casse les lignes. Je vais contrarier la structure, la contraindre. Ça me plaît de faire cela. Créer un objet, c’est créer un affect, et libre à chacun de se l’approprier. Une pièce ratée, c’est une pièce où les gens me disent « ça ne me fait rien ». J’essaie donc de les laisser ouvertes pour plus d’interprétations possibles.
Pourquoi porter autant d’attention aux détails ?
CM : Cela fait partie de cette esthétique particulière : la saturation. Il y a un moment, dans le processus de création, quasiment à chaque fois, où j’ai un doute parce que mes constructions sont fades, alors j’ajoute. Et je vois bien qu’au fur et à mesure des semaines, à force d’accumuler ces petits détails, la profusion crée une sorte d’esthétique. Je m’inspire d’architectures que nous connaissons tous et je les mélange pour rappeler des choses à chacun. On ne sait pas ce que cela nous rappelle, mais cela nous rappelle quelque chose, comme une mémoire collective.
